Au coeur du texte

Après le premier cycle Au cœur du texte, cette nouvelle série d’ateliers – À fleur de peau, Une aventure dont vous êtes le héros, Affaires de famille et Échanger avec la machine – est pensée comme une plongée au cœur du texte, un laboratoire où va pouvoir se révéler, d’exercice d’écriture en exercice d’écriture, à la fois son originalité, sa valeur et sa vérité. Que vous ayez déjà un projet en route ou que vous soyez en train de vous y mettre, ce cycle vous permettra de prendre en main les outils qui vous aideront à écrire au plus près de ce qui vous habite tout en embarquant le lecteur dans le voyage que vous lui proposez.

Chacun des weekends et la journée de ce cycle s’appuiera sur des moments d’écriture en commun suivis de moments de partage. Ces ateliers peuvent être suivis indépendamment en fonction de vos besoins et des spécificités de votre projet d’écriture. Les rencontres se déroulent à Lausanne (voir les infos pratiques plus bas), mais peuvent aussi être suivies en visioconférence si nécessaire, le nombre de participants est limité à huit.

À fleur de peau

On croit souvent que les émotions s’écrivent en les nommant, qu’il suffirait de dire la colère, la joie, la peur ou le chagrin pour qu’elles trouvent leur place sur la page. Mais, bien souvent, plus on en dit à leur sujet, moins elles se font sentir : les émotions résistent aux mots trop directs, elles préfèrent les détours, les traces, les gestes minuscules, ce qui affleure plutôt que ce qui s’expose. Écrire les émotions, c’est moins les montrer que créer les conditions pour qu’elles apparaissent dans l’esprit et dans le corps du lecteur.

Durant ce weekend, nous allons explorer différentes manières d’évoquer les émotions dans les textes, en partant de cette hypothèse simple : en faire moins est souvent plus efficace qu’en faire plus. Nous travaillerons sur le non-dit, les silences, les décalages, les détails concrets qui laissent deviner ce qui se joue sans jamais l’énoncer frontalement. Nous chercherons comment une émotion peut passer par un rythme, un point de vue, une image, une action apparemment anodine, plutôt que par un vocabulaire expressif ou explicatif.

Ce travail demandera aussi de porter attention à ce qui se passe en nous pendant l’écriture : reconnaître une émotion, sentir comment elle se manifeste dans notre corps, dans notre mémoire ou dans nos mots, nous aidera à nous éloigner des clichés et des automatismes. Nous verrons comment une même émotion peut prendre des formes très différentes selon le contexte, le personnage, la situation, et comment éviter les raccourcis qui figent le texte au lieu de l’ouvrir.

Certains choisiront de travailler à partir de scènes très chargées émotionnellement : nous apprendrons à les alléger pour leur donner plus de force et de précision. D’autres partiront de situations en apparence neutres : nous les travaillerons pour laisser se dévoiler ce qui s’y joue en profondeur. Quel que soit votre projet – autobiographique ou fictionnel –, vous repartirez avec des outils concrets pour affiner la présence des émotions dans vos textes, les rendre plus justes, plus sensibles, plus durables. À fleur de peau n’est pas une invitation à se mettre à nu, mais à trouver la bonne distance : en travaillant cette zone fragile entre ce qui est dit et ce qui reste en suspens, nous verrons comment les émotions peuvent devenir la respiration du texte.

Prochain atelier À fleur de peau

Samedi 7 et dimanche 8 février 2026

Une aventure dont vous êtes le héros

On écrit souvent comme si une histoire suivait une ligne droite : un début, un milieu, une fin. Mais notre expérience du monde est tout sauf linéaire, elle est faite de bifurcations, d’hésitations, de choix minuscules et d’autres plus importants, de chemins empruntés et d’autres abandonnés. Écrire un récit à embranchements, c’est accepter qu’un texte puisse contenir plusieurs possibles, plusieurs manières d’être raconté.

Durant ce weekend, nous allons explorer les récits à choix multiples – les fameux livres dont vous êtes le héros –, pas comme un genre ludique réservé à l’adolescence, mais comme une forme narrative exigeante, capable de renouveler notre manière de penser le récit, le point de vue, la tension dramatique et la responsabilité de l’auteur. Nous travaillerons à partir de vos projets en cours (même à l’état d’ébauches) pour en dégager les nœuds, les alternatives, les zones de friction : là où une décision pourrait faire basculer l’histoire autrement.

Nous commencerons par un travail sur papier : mise à plat des possibles, cartographie des choix, construction d’arborescences narratives. À l’aide de schémas, de listes, de déplacements concrets, nous apprendrons à voir nos textes de loin, à repérer ce qui se répète, ce qui diverge, ce qui mérite d’être développé ou resserré. Ce détour par la structure nous donnera des outils pour comprendre ce qui tient un récit, ce qui lui donne son élan et ce qui, parfois, l’enferme.

Dans un second temps, nous utiliserons un outil de création de fictions à embranchements pour mettre ces structures à l’épreuve de la lecture. Nous découvrirons les bases du langage Ink, conçu par le studio Inkle pour des jeux narratifs. Ink donne la possibilité d’écrire des histoires à choix multiples en combinant du texte naturel avec une logique de balisage extrêmement simple : pas besoin de savoir coder pour l’utiliser. Inky est l’interface de test et de visualisation de ce langage : à chaque branche narrative codée, on peut immédiatement lire le résultat sous forme d’une fiction interactive jouable.

Le passage par une écriture balisée – simple, lisible, immédiatement testable – nous obligera à clarifier les enjeux, à formuler précisément les choix proposés au lecteur, à mesurer les conséquences narratives de chaque bifurcation. Ce déplacement du texte vers un environnement interactif nous permettra de mettre en lumière des mécanismes narratifs souvent implicites.

Certains utiliseront les notions abordées durant ce weekend pour ouvrir largement leur récit, multiplier les pistes, explorer des univers parallèles. D’autres s’en serviront au contraire pour resserrer leur texte, identifier ce qui compte vraiment, comprendre pourquoi une option l’emporte sur une autre. Quelle que soit votre approche, vous repartirez avec des outils concrets pour penser autrement la structure de vos récits, enrichir leur profondeur et affiner la relation que vous proposez au lecteur, désormais invité à devenir, lui aussi, acteur du texte.

Prochain atelier Une aventure dont vous êtes le héros

Samedi 28 février et dimanche 1er mars 2025

Affaires de famille

Même lorsqu’on écrit à la première personne, même lorsqu’on croit ne parler que de soi, on n’écrit jamais seul. Notre vie est peuplée de nos proches, de leurs voix, des scènes que nous avons partagées, des histoires qu’ils nous ont transmises ou qu’ils ont gardées pour eux. Écrire sur sa famille, c’est se tenir dans une zone sensible, où le vécu intime rencontre la responsabilité de l’auteur : ce qu’on écrit peut toucher juste, mais aussi blesser, figer, exposer. Comme j’ai pu le remarquer dans les Voleurs de diamants, le projet de roman autour de mon père sur lequel je travaille depuis plusieurs années, c’est souvent là où l’événement insiste que le texte demande à être mis en forme.

Durant ce weekend, nous allons travailler sur cette matière familiale, en nous demandant comment écrire au plus vrai sans trahir ni se trahir. À partir de situations vécues, de souvenirs, de figures proches, nous chercherons des stratégies pour transformer cette matière sans en perdre la force. Changer un point de vue, déplacer une scène, brouiller les repères temporels, fusionner des personnages, inventer là où c’est nécessaire : autant de gestes qui permettent au texte de trouver sa justesse propre.

Qu’est-ce qui fait qu’un récit familial échappe au règlement de comptes ou à l’idéalisation ? Comment un texte peut-il rester fidèle à ce qui l’a fait naître tout en se libérant de l’exactitude des faits ? Nous verrons comment la transformation – légère ou radicale – peut devenir une alliée, pas pour masquer, mais pour mieux dire, pas pour se protéger, mais pour ouvrir un espace où chacun peut respirer.

Que vous choisissiez de rester proches de votre vécu ou, au contraire, de le fictionnaliser en partie, nous travaillerons à déplacer ce qui peut l’être pour donner à ces textes plus de portée narrative et plus de souplesse. Nous chercherons aussi à conserver, au cœur de ces récits transformés, l’énergie et la nécessité qui les ont fait naître. Quel que soit votre projet, vous repartirez avec des pistes concrètes pour écrire la famille sans la réduire, sans l’enfermer ni vous enfermer vous-même.

Affaires de famille n’est pas un atelier pour régler des comptes ni pour dire toute la vérité, mais pour trouver une forme juste, une forme qui permette au texte d’exister pleinement. Écrire la famille, ce n’est pas la livrer telle quelle : c’est lui donner une autre chance d’être comprise, entendue, partagée. C’est accepter que la littérature ne dise pas tout, mais qu’elle essaie de le dire mieux.

Prochain atelier Affaires de famille

Samedi 2 et dimanche 3 mai 2026

Échanger avec la machine

L’Intelligence Artificielle génère des idées avec une facilité déconcertante : elle propose, reformule, multiplie les pistes, ouvre des possibles. Le risque serait de la confondre avec une voix, un style ou un auteur de substitution. Mais son véritable intérêt pour l’écriture, à mon avis, se situe pour le moment ailleurs : dans sa capacité à nous offrir un panorama, à déplacer notre regard, à rendre visibles des options qu’on n’aurait pas envisagées seul. Encore faut-il savoir quoi en faire.

Durant cette journée, nous allons travailler avec l’Intelligence Artificielle comme un outil de discussion, de recherche et de mise en perspective, pas comme une machine à écrire à notre place – ce qui n’est pas encore son fort. À partir de vos projets en cours, nous apprendrons à formuler des questions précises, à solliciter des propositions multiples, à explorer des variantes de structure, de point de vue ou de développement, à simplifier le travail de recherche et de documentation afin de mieux comprendre et de mieux nourrir ce que nous cherchons réellement à écrire.

Nous verrons comment passer de ces propositions artificielles à un travail pleinement personnel : trier, déplacer, refuser, reformuler, préciser. L’enjeu n’est pas d’obtenir de « bonnes idées », mais de clarifier les nôtres, d’identifier ce qui nous ressemble et ce qui ne nous appartient pas, de reprendre la main sur le texte. L’Intelligence Artificielle devient alors un espace de friction, un miroir parfois grossissant, qui aide à faire apparaître des zones floues, des facilités, des angles morts. Nous nous interrogerons sur ce qu’on peut lui déléguer ou non : la décision finale, le rythme, la voix, le choix des mots.

Échanger avec la machine n’est pas une initiation technique ni une apologie de l’intelligence artificielle. C’est une journée pour apprendre à s’en servir avec discernement, comme d’un outil parmi d’autres, au service d’une écriture plus consciente, plus libre et plus affirmée. L’objectif ne sera pas d’écrire plus vite, mais d’écrire plus juste.

Prochain atelier Échanger avec la machine

Samedi 30 mai 2026